Mercato - La Premier League n'écrase pas la concurrence : il n'y a plus de concurrence

Eurosport sur Google

PREMIER LEAGUE - Le mercato hivernal 2023 se sera résumé par un "one man show" des Anglais. A l'image de Chelsea, étonnante tête de pont qui a dépensé sans compter, les clubs de Premier League ont animé le marché dans des proportions inimaginables. Pourtant, le Championnat d'Angleterre ne fait pas n'importe quoi de ses sous ni ne vit au-dessus de ses moyens.

Mudryk sous son nouveau maillot de Chelsea

Crédit: Getty Images

Le mercato d'hiver s'est conclu le jour même où le Fond Monétaire International annonçait que, selon ses prévisions, le Royaume-Uni, cancre du G7, verrait son économie se contracter de 0,6% en 2023; autrement dit, connaîtrait une récession encore plus sévère que la Russie de Poutine, sanctions ou pas sanctions. Parallèlement, le pays est désormais périodiquement paralysé par des mouvements de grève qui touchent à peu près tous les corps de métier, et dont l'ampleur ne cesse d'augmenter.
La Premier League, elle, n'a pas de ces inquiétudes ou de ces problèmes. Elle vit bien sur une autre planète, y compris vue de son propre pays. Ses stades sont pleins, ses coffres aussi.
A preuve, record sur record a été battu en ce mois de janvier, comme d'habitude, mais encore plus spectaculairement cette fois-ci. Nombre de transferts à plus de 20 millions d'euros conclus lors d'un marché hivernal (quatorze). Montant total brut dépensé par les clubs de l'élite : 830 millions, soit plus de 40 millions par club en moyenne. Et surtout, montant total net, celui qui dit tout de la puissance financière d'une ligue : 729 millions. A titre de comparaison, le précédent record, établi en 2020 et évidemment détenu par la PL, était de 203 millions.
picture

Todd Boehly, le propriétaire de Chelsea

Crédit: Imago

Ce n'est pas que les Anglais écrasent la concurrence : c'est qu'il n'y a plus de concurrence. Les autres championnats ne sont pas à la traîne d'un échappé. Ils sont lâchés pour de bon, toujours en bas du premier des cols que l'autre a déjà tous franchis. De ses supposés rivaux, le seul qui ait dépensé quoi que ce soit en net est la Bundesliga - et encore, tout juste, puisque son solde est de 1 million d'euros, 729 fois moins que la PL - et quinze fois moins que la MLS américaine, au passage. Les autres grands championnats européens ont tous dégagé un excédent, de 13,2 millions pour la Liga, 34,8 millions pour la Serie A (plus timide sur ce plan qu'en quelque autre saison depuis 2006, quand trois clubs italiens figuraient dans le Top 5 européen de l'UEFA) et de 69,2 millions pour la Ligue 1, fidèle à son image de marché d'exportation.

56,2 millions investis par Bournemouth

Les Anglais, eux, importent à tour de bras. Seuls deux des quatorze transferts à plus de 20 millions se sont conclus sur le marché intérieur anglais, ceux d'Anthony Gordon d'Everton (qui n'a plus un sou) à Newcastle (dont c'est le dernier des problèmes) et de Leandro Trossard de Brighton à Arsenal. Si l'on voulait une preuve que, pour ce qui est du football, le Brexit n'a pas mis un frein à l'appétit de l'Angleterre pour les produits du continent, on l'a.
Et ce n'est pas que Chelsea, encore plus dépensier maintenant que le club vogue sous pavillon américain que lorsque Roman Abramovich en était le propriétaire, qui se soit comporté comme un goinfre, encore qu'un débours de 318 millions net, doit-on insister, laisse pantois, et n'ait été rendu possible que par un tour de passe-passe comptable unique en son genre (*).
picture

Les loupés du PSG, les promesses de l’OM : notre carnet de notes

Video credit: Eurosport

C'est ainsi que Bournemouth, actuellement relégable, a investi 56,2 millions pour essayer de préserver son si précieux statut dans le Top 20 anglais, tandis que Southampton, lanterne rouge, en a dépensé sept de plus. Et même certains clubs de Championship sont de la fête, à tout le moins ceux qui espèrent passer à l'étage supérieur.
Combien de clubs de D2 européens ont-ils les arguments nécessaires pour convaincre un défenseur international néerlandais, Wesley Hoedt, de quitter Anderlecht, comme Watford vient de le faire ? Combien de clubs européens de D1, pas seulement de D2, ont-ils les moyens de lâcher onze millions sur un seul joueur, ce que Burnley a payé à Westerlo pour faire venir l'avant-centre international sud-africain Lyle Foster ?

Les clubs savent ce qu'ils font

En d'autres circonstances, on pourrait louer la retenue des autres championnats, souligner ce qu'elle de vertueux, et voir en la folie dépensière de la Premier League le signe qu'elle a perdu tout sens des réalités et que ça y est, la bulle va enfin éclater, comme on n'en finit pas de le prédire depuis vingt ans. Le problème est qu'à quelques exceptions près, ces clubs savent exactement ce qu'ils font, que la bulle n'a pas fini de grimper plus haut, plus loin, et que les investisseurs, américains en particulier, se bagarrent pour pouvoir grimper avec elle.
La domination financière anglaise est telle que cette année, pour la première fois, plus de la moitié du Top 20 mondial des 'clubs les plus riches du monde' établi par le cabinet Deloitte provenaient de la même ligue. Pas besoin de préciser laquelle. Seize de ses vingt clubs figuraient dans le Top 30, ce qui est encore plus significatif. L'économie du football européen n'est pas dominée par quelques clubs qui, dans leurs propres pays, seraient des exceptions, comme le Real, le Barça et l'Atlético en Espagne, et s'accapareraient la plus grosse part du gâteau, mais écrasée par un collectif.
picture

Jorginho

Crédit: Getty Images

Les droits TV sur lesquels est assise la domination anglaise, sont, on le sait, partagés plus équitablement entre ses clubs qu'où que ce soit d'autre en Europe; or leur valeur continue de monter. Un nouveau cycle de trois ans a commencé en 2022/2023, qui va encore accentuer la suprématie de la PL en ce domaine. Tandis que les droits dits « domestiques », que se partagent Sky, BT, Amazon Prime et la BBC au Royaume-Uni, sont demeurés stables, ceux payés par les diffuseurs étrangers ont augmenté de 26% par rapport au cycle précédent, ce qui se traduit par 422 millions d'euros supplémentaires à se partager par saison. Les vingt clubs de PL dans le Top 30 de la Football Rich List ? Ce n'est qu'une question de temps.
Vue de l'extérieur, l'Angleterre peut faire penser à ce millionnaire de la fable qui misait sur tous les chevaux d'une course afin d'être sûr de la gagner; et d'une certaine façon, il est exact qu'elle le fait. Rares sont les talents qui lui échappent. Qu'un club anglais s'aligne sur un joueur, et il est improbable qu'il lui échappe, à moins que ce soit un autre club anglais qui lui grille la politesse. S'arrêter là serait pourtant faire fausse route. Dans ce cas précis, cela a du sens de tout faire pour gagner la course en question, car l'objectif est d'être le seul à la disputer. Sur le plan financier, c'est déjà le cas. Sur le plan sportif, il y a de fortes chances que ce le devienne.
(*) Les transferts étant amortis sur la durée du contrat, il est possible pour un club de n'inscrire à son passif qu'une fraction du montant total de l'opération chaque saison, même si les modalités de paiement sont échelonnées sur une période plus brève. Chelsea a donc fait signer des contrats d'une longueur pour le moins inusitée à ses recrues hivernales. Enzo Fernandez, le dernier des arrivants, s'est engagé pour huit ans et demi. Son prix d'achat étant de 121 millions, Chelsea ne fera figurer dans son bilan de 2022-23 que 121 divisé par 8,5, soit 14,2 millions, un tout petit peu plus que ce qu'Arsenal leur a versé pour acquérir Jorginho. Car les rentrées, elles, sont comptabilisées dans leur intégralité dans le bilan de l'année fiscale durant laquelle le transfert a été conclu. A noter que l'UEFA, qui interdit aux clubs de proposer des contrats de plus de cinq ans, mais laisse à chaque pays le soin de déterminer si cette interdiction vaut pour lui, a pour intention de mettre fin à cette pratique.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité